Comment les organes de nos sens fonctionnent-ils?

Peu de personnes réfléchissent réellement pour savoir comment nous arrivons à voir. A la question: "Comment voyons-nous?", tout le monde répond en disant: "De nos yeux, bien sûr". Cependant, quand nous regardons l'explication technique du processus de la vision, il semble que ce n'est pas tout à fait le cas. L’acte de voir se fait progressivement. Des rayons (des photons) vont de l'objet à l'œil en passant par la lentille sur le devant de l'œil où ils sont réfractés et forment une image inversée sur la rétine à l'arrière de l'œil. A ce stade, la lumière qui frappe l’œil est transformée en signaux électriques transmis par des neurones à un endroit minuscule appelé le centre de la vision qui se situe à l’arrière du cerveau. La vision a en réalité lieu dans cet endroit minuscule dans la partie postérieure du cerveau, qui est tout noir et complètement isolé de la lumière.

Maintenant, reconsidérons le processus apparemment ordinaire et sans particularité. Lorsque nous disons, "nous voyons", nous ne voyons en fait que les effets d'impulsions atteignant nos yeux et introduites dans notre cerveau, après qu'ils sont transformés en signaux électriques. En fait, quand nous disons "nous voyons", nous observons en réalité l'ensemble des signaux électriques dans notre cerveau. De ce fait, voir n'est pas un processus qui se réalise dans l'œil; notre œil n'est que l'organe de nos sens qui va servir de moyen dans le processus de la vision.

Les rayons de lumière venant d'un objet forment sur la rétine une image inversée, comme nous pouvons le voir sur cette photo. Ici, l'image est convertie en signaux électriques puis transmise au centre de la vision à l'arrière du cerveau. Le centre de la vision est un tout petit endroit. Le cerveau étant isolé de la lumière, il est impossible à la lumière d'atteindre le centre de la vision. Cela signifie que nous voyons un vaste monde de lumière et de profondeur dans un espace très réduit et totalement isolé de la lumière. Même lorsque nous ressentons la lumière et la chaleur d'un feu, tout reste complètement sombre à l'intérieur du cerveau, et la température est invariable.

Toutes les images que nous voyons dans notre vie sont formées dans notre centre de la vision. Cet endroit est de la taille d'une noix et ne compte que quelques cm3 du volume du cerveau. Le livre que vous avez entre les mains, l'écran de l'ordinateur qui vous fait face, l'immensité du paysage que vous voyez quand vous regardez l'horizon, la mer sans fin et une foule de gens qui participent à un marathon, tous tiennent dans cet espace minuscule. Un autre point doit être gardé à l'esprit: comme nous l'avons déjà signalé, le cerveau est complètement isolé de la lumière; tout à l'intérieur est absolument sombre. Le cerveau n'a aucun contact avec la lumière en tant que telle. Cet espace, que l'on appelle le centre de la vision, est un endroit complètement sombre où la lumière ne pénètre jamais. Il s'agit d'un lieu si sombre que vous n'avez probablement jamais vu, nulle part, de lieu équivalent. Et malgré cela, vous arrivez à voir un monde fait de couleurs et de lumière dans cette obscurité totale. Une nature multicolore, un paysage rayonnant, tous les tons du vert, toutes les couleurs des fruits, tous les motifs sur les fleurs, la luminosité du soleil, tous les gens dans une rue bondée, des véhicules se déplaçant à grande vitesse au milieu de la circulation, des centaines de vêtements dans un centre commercial et absolument tout le reste ne sont que des images formées dans cet endroit complètement sombre. Même la formation des couleurs dans cette obscurité n'a toujours pas été découverte. Klaus Budzinski commente:

"Les ‘chromatistes’ sont incapables de dire comment le réseau dans l'œil, qui perçoit aussi bien la lumière que les couleurs, transmet cette information au cerveau par les nerfs optiques et quel type de stimulations physiologico-physiques cela crée-t-il dans le cerveau?" 5


Nous pourrons expliquer cette situation intéressante par un exemple. Supposons qu’une bougie brûle devant nos yeux. Nous pourrons rester assis face à cette bougie et l'observer en détail. Cependant, pendant toute cette durée de temps notre cerveau n'a jamais de contact direct avec la lumière originale de la bougie. Même lorsque nous ressentons la chaleur et la lumière de la bougie, à l'intérieur de notre cerveau il fait complètement sombre et la température ne change jamais. Et pourtant, nous voyons un monde de couleur et de lumière depuis ce cerveau complètement sombre.

Il en est de même avec la lumière du soleil. Votre œil ébloui par la lumière du soleil ou votre sensation de chaleur brûlante sur la peau ne change pas le fait que ce ne sont que de simples perceptions et le centre de la vision reste complètement sombre.

R. L. Gregory donne l'explication suivante des aspects miraculeux de la vision - quelque chose que nous prenons tellement pour acquis:
"Nous sommes tellement familiers avec la vue, qu'il nous faut un ‘sursaut’ d'imagination pour comprendre qu'il y a des problèmes à résoudre. Mais réfléchissez bien. Nous percevons avec les yeux de minuscules images déformées et inversées et nous arrivons à voir des objets solides et distincts dans notre espace environnant. A partir de différents types de simulations sur les rétines nous percevons un monde d'objets. Ce n'est rien moins qu’un miracle." 6

La même situation s'applique à tous nos autres sens. Le son, le toucher, le goût et l'odeur sont tous perçus sous forme de signaux électriques par le cerveau.

Le sens de l'ouïe fonctionne sur le même modèle que celui de la vue. L'oreille externe capte des sons par le pavillon auriculaire et les dirige vers l’oreille moyenne. L’oreille moyenne transmet les vibrations du son à l'oreille interne et les intensifie. L'oreille interne traduit les vibrations en signaux électriques qu'elle renvoie vers le cerveau. Tout comme pour l’œil, l'acte d'entendre se fait dans le centre de l'audition, dans le cerveau.

Ce qui est vrai de l'œil l’est aussi de l'oreille, c'est-à-dire que le cerveau est isolé du son comme il l’est de la lumière. Peu importe donc, si à l'extérieur c’est bruyant, le cerveau, lui, reste dans un silence total. Néanmoins, même les sons les plus subtils sont perçus dans le cerveau. Ce processus est si fin que l'oreille d'une personne saine peut tout entendre sans aucun bruit atmosphérique ou interférence. Dans votre cerveau, qui est isolé du son et où gît un silence de mort, vous pouvez écouter les symphonies d'un orchestre, entendre tous les bruits d'une place bondée de monde et percevoir tous les sons dans une large gamme de fréquence, de la chute d'une feuille au vrombissement d'un avion à réaction. Cependant, si à ce moment-là le niveau du son dans votre cerveau devait être évalué par un appareil de mesure, on découvrirait que le silence complet y a prévalu.

Notre perception de l'odeur fonctionne de façon similaire. Des molécules volatiles émises par des objets tels que la vanille ou une rose atteignent les récepteurs sur les poils délicats de la région épithéliale du nez et deviennent impliquées dans une interaction. Cette interaction est transmise au cerveau en tant que signal électrique et perçue comme une odeur. Tout ce que nous sentons, que cela soit plaisant ou désagréable n’est que la perception du cerveau des interactions de molécules volatiles une fois transformées en signaux électriques. Vous percevez dans votre cerveau l’odeur d'un parfum, d’une fleur, de la nourriture que vous aimez, de la mer, ainsi que d'autres odeurs que vous aimez ou détestez. Les molécules, elles-mêmes, ne sont jamais en contact direct avec le cerveau. Et tout comme pour le son et la vue, ce qui atteint votre cerveau lorsque vous sentez une odeur, c’est uniquement un ensemble de signaux électriques. Autrement dit, toutes les odeurs que vous avez considérées depuis votre naissance comme appartenant aux objets externes ne sont que des signaux électriques véhiculés par les organes de vos sens. Berkeley dit à ce propos:

"Au début, on croyait que les couleurs, les odeurs… etc. ‘existaient vraiment’, mais par la suite on a renoncé à ces hypothèses et on a compris qu’elles n’existaient qu’en fonction de nos sensations." 7

De façon similaire, il existe quatre différents types de récepteurs chimiques dans la partie située sur le devant de la langue d'un être humain. Ils composent les différents goûts connus: le salé, le doux, l’aigre et l’amer. Ces récepteurs de goût transforment les perceptions en signaux électriques par une chaîne de processus chimique puis les transmettent au cerveau. Ces signaux sont perçus comme des goûts par le cerveau. Le goût que vous éprouvez quand vous mangez une barre de chocolat ou un fruit que vous aimez est l'interprétation des signaux électriques par le cerveau. Vous ne pourrez jamais approcher l'objet dans le monde externe; vous ne pourrez jamais voir, sentir ou goûter le chocolat en question. Si, par exemple, les nerfs de goût qui vont vers le cerveau sont sectionnés, votre cerveau ne pourrait connaître le goût de ce que vous avez mangé; dans ce cas, vous perdriez complètement votre sens du goût.

A ce stade, nous voilà face à un nouveau fait:

Nous ne saurons jamais si ce que nous goûtons, lorsque nous mangeons, sera identique à ce qu'une autre personne éprouvera en mangeant la même nourriture. Comme nous ne saurons jamais si la voix que nous entendons sera perçue à l’identique par une autre personne qui l’entendrait. Lincoln Barnett nous dit que personne ne peut savoir si une autre personne perçoit la couleur rouge ou entend la même note de musique de la même façon qu’elle le fait elle-même.8

Nous ne savons que ce que les organes de nos sens nous "apprennent". Il nous est impossible d'atteindre directement la réalité physique qui est extérieure à nous. C'est à nouveau le cerveau qui l'interprète. Nous ne pouvons jamais atteindre "l'original". Ainsi, même lorsque nous parlons de la même chose, l'intelligence de l'autre peut percevoir quelque chose de différent. L’explication est que ce qui est perçu dépend du récepteur.

La même logique s'applique au toucher. Lorsque nous touchons un objet, l'information qui nous aidera à reconnaître le monde externe et les objets qui s’y trouvent est transmise au cerveau par les nerfs sensoriels situés sur la peau. Le sentiment de contact naît dans notre cerveau. Contrairement à la croyance généralement admise, le lieu où nous percevons le sens du toucher n'est pas au bout de nos doigts, ou sur notre peau, mais au centre de perception du contact dans notre cerveau. Et, parce que c’est le cerveau qui interprète les stimulus électriques venant d'objets divers, nous les ressentons différemment. A titre d’exemple, ils peuvent être durs ou doux, chauds ou froids. Nous obtenons tous les détails qui nous aident à reconnaître un objet grâce à ces stimulus. Le célèbre philosophe Bertrand Russell remarque à ce propos:

"Quant au sens du toucher, quand nous appuyons de nos doigts sur la table, c’est une perturbation électrique que nous provoquons sur les électrons et les protons des bouts de nos doigts; cela est le résultat, selon la physique moderne, de la proximité des électrons et des protons dans la table. Si la même perturbation survient au bout des doigts d'une autre façon, nous devrions avoir les mêmes sensations même s’il n’y avait pas de table." 9

Que le monde externe puisse être complètement identifié par les sens est un fait scientifique. Dans son livre A Treatise Concerning the Principles of Human Knowledge (Traité sur les principes de la connaissance humaine), George Berkeley fait les remarques suivantes:

"Grâce à la vue, j'ai les notions de lumière et de couleurs, avec leurs différents degrés et variations. Par le contact je perçois ce qui est dur et mou, la chaleur et le froid, le mouvement et la résistance… L'odorat me pourvoit en odeurs; le palais me dit le goût; et l'audition transmet des son… Et comme la plupart de ces sensations sont appelées à s’assembler, elles viennent à être spécifiées par un nom et ainsi être reconnues comme une chose. Ainsi, par exemple on estime une certaine couleur, un goût, une odeur, une forme et une consistance se convenir pour être associées et devenir une chose bien distincte, signifiée par le mot de pomme; d'autres ensembles d'idées constituent une pierre, un arbre, un livre, des choses sensibles et ainsi de suite…" 10

Donc, en traitant les données dans les centres de la vision, de l’audition, de l'odeur, du goût et du toucher, notre intelligence, au cours de notre vie, n’est pas confrontée à "l'original" de la matière existante qui est extérieure à nous, mais plutôt à la copie formée à l'intérieur de notre cerveau. C'est en cela que nous sommes induits en erreur en prenant ces copies pour la matière réelle qui est extérieure à nous. Mais, comme nous l’avons vu jusque-là, il existe aussi des penseurs et des scientifiques qui n'ont pas été leurrés par une idée aussi fausse et qui ont compris toute sa réalité.
Même Ali Demirsoy, un des matérialistes turcs les plus célèbres, a reconnu cette vérité:

"En réalité, il n'y a ni lumière comme nous la voyons, ni son comme nous l'entendons, ni chaleur comme nous la ressentons dans l'Univers. Les organes de nos sens nous induisent en erreur entre le monde externe et le cerveau et nous entraînent à faire des interprétations qui sont sans rapport avec la réalité dans le cerveau." 11

5. Bilim ve Teknik Magazine (Science and Technology), No. 227, p. 6-7 
6. R.L.Gregory, Eye and Brain: The Psychology of Seeing, Oxford University Press Inc. New York, 1990, p.9 
7. George Berkeley, A Treatise Concerning the Principles of Human Knowledge", 1710, Works of George Berkeley, vol. I, ed. A. Fraser, Oxford, 1871
8. Lincoln Barnett, The Universe and Dr. Einstein, William Sloane Associate, New York, 1948, p. 20 
9. Bertrand Russell, ABCof Relativity, George Allen and Unwin, London, 1964, pp. 161-162 
10. George Berkeley, A Treatise Concerning the Principles of Human Knowledge", 1710, Works of George Berkeley, vol. I, ed. A. Fraser, Oxford, 1871 p. 35-36 
11. Ali Demirsoy, Kalitim ve Evrim (Inheritance and Evolution), p.4 


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