L’existence d’un "monde externe" est-elle indispensable?

Jusqu’à maintenant, nous n’avons cessé de parler de l’existence d’un monde de perceptions formé dans notre esprit et avons affirmé que nous ne pourrons, en réalité, jamais l’atteindre. Alors, comment pouvons-nous être aussi sûrs qu’un monde pareil existe réellement?

En fait, nous ne le pouvons pas. Sachant que chaque objet n'est qu'un ensemble de perceptions et que ces perceptions n'existent que dans l'esprit, il est plus judicieux d'affirmer que le seul monde qui existe réellement est le monde des perceptions. Le seul monde dont nous avons connaissance est le monde qui existe dans nos esprits: celui qui est conçu, mémorisé et qui existe à cet endroit précis, pour résumer, celui qui est créé dans notre esprit. C'est le seul monde dont nous pouvons être sûrs.


Suite à des stimulus artificiels, un monde physique aussi vrai et réaliste que l'original peut être produit dans notre cerveau même en l'absence du monde physique. Suite à des stimulus artificiels, une personne peut imaginer qu'elle vole en avion alors qu'elle est en réalité assise chez elle.

Nous ne pourrons jamais prouver que les perceptions que nous détectons dans notre cerveau ont des corrélations matérielles. Mais, nous pouvons concevoir qu'elles proviennent d'une source "artificielle".

Nous pouvons le voir grâce à l'exemple suivant:

D'abord, imaginons que nous prenions votre cerveau hors de votre corps et le maintenions artificiellement en vie dans un bocal en verre. A ses côtés, nous aurions un ordinateur grâce auquel toutes sortes de signaux électriques peuvent être émises. Ensuite, produisons et enregistrons artificiellement dans cet ordinateur les signaux électriques des données relatives à une scène qui comprendrait l'image, le bruit, l'odeur, la solidité et la douceur, le goût, et l'apparence du corps. Cette expérience avec votre cerveau, que nous avons extrait hors de votre corps sera réalisée au sommet d'une montagne déserte. Enfin, connectons l'ordinateur au cerveau grâce à des électrodes qui fonctionneront comme les nerfs. Ils enverront les données préenregistrées à votre cerveau qui se trouve maintenant tout en haut, au-dessus des nuages. Pendant que votre cerveau (qui est littéralement vous) perçoit ces signaux, il verra et vivra la scène programmée. Supposons, par exemple, que chaque détail qui vient à l'esprit au sujet d'un match de football dans un stade soit produit ou enregistré de manière à ce que ce soit perçu par les organes des sens. Dans votre cerveau, livré à lui-même au sommet de la montagne, mais relié à cet instrument d'enregistrement, vous auriez le sentiment de vivre dans ce décor artificiellement créé. Vous penseriez assister au match. Vous encourageriez, vous seriez parfois fâché et parfois heureux. Bien plus, vous vous cogneriez souvent à d'autres personnes en raison de la foule, et de ce fait ressentiriez leur présence également. Le plus intéressant est que ce serait si vivant que vous ne douteriez jamais de l'existence de cette scène ou de votre corps. Ou alors, si nous envoyions à votre cerveau les équivalents électriques des sens tels que ceux qui permettent de voir, d'entendre et de toucher, que vous percevez lorsque vous êtes assis à une table, votre cerveau se penserait en tant qu'homme d'affaires à son bureau. Ce monde imaginaire perdurera tant que les stimulations continuent à provenir depuis l'ordinateur. Il ne vous viendra jamais à l'esprit de penser que vous n'êtes rien d'autre que votre cerveau. C'est parce que ce qui est nécessaire pour former un monde dans votre cerveau n'est pas l'existence d'un vrai monde mais plutôt les stimulus qui pourraient aussi provenir d'une source artificielle, telle qu'un dispositif d'enregistrement ou alors une source de perception d'un genre différent. Les expériences faites à ce sujet l'ont confirmé.

Aux Etats-Unis, le Dr White de l'Hôpital de Cleveland, de concert avec ses collègues, tous experts en matière d'électronique, a réalisé un grand exploit en faisant en sorte que le "Cyborg" survive. Ce qu’a réussi à faire le docteur White était d’isoler un cerveau de singe en l’extrayant de son crâne et en l'alimentant d'oxygène et de sang. Le cerveau, qui a été relié à une "machine cœur et poumon" artificiellement produite, a été maintenu en vie pendant cinq heures. Le dispositif, appelé électro-encéphalogramme, auquel le cerveau isolé a été relié, a identifié dans les enregistrements de l’appareil (E.E.G.) que les bruits faits dans les alentours ont été entendus par ce cerveau et qu'il y a réagi. 15

Comme nous l’avons déjà vu, il est tout à fait possible que nous percevions un monde externe provoqué par des stimulus artificiels. Les symboles que vous percevez avec vos cinq sens sont suffisants en cela. En dehors de ces symboles, il n'y a rien du monde externe.

Il est en effet très facile pour nous d'être leurrés en croyant que les perceptions sont vraies, alors qu’elles n’ont aucune correspondance matérielle. Nous éprouvons souvent ce sentiment dans nos rêves. Et durant ces périodes de rêve, nous vivons des événements, voyons des personnes, des objets et des situations qui semblent complètement vrais. Cependant, ils ne sont tous, sans exception, que des perceptions. Il n'y a aucune différence fondamentale entre le "rêve" et le monde "réel"; dans les deux cas ce ne sont que des expériences qui existent dans le cerveau.

15. Bilim ve Teknik Magazine (Science and Technology), No:111, p.2


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